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Interview de David Chan de la Coopérative "U Belilek"

Sur les conseils de deux amis voyageurs, un hollandais et un américain, nous avons souhaité découvrir le village de Tihosuco, situé entre Bacalar et Valladolid.

En effet, selon eux, la coopérative « U Belilek » correspond à notre projet...


Curieuses, nous prenons immédiatement contact avec David, collaborateur du lieu. Il nous explique brièvement qu'il s'agit d'une communauté maya et qu'une fête aura lieue pendant quelques jours, fin décembre.

Ni une, ni deux, notre décision était prise : nous devions aller à leur rencontre pour découvrir cela par nous-mêmes !


Dès notre arrivée, les membres de la coopérative ont été aux petits soins avec nous.

David prend le temps de nous faire découvrir les lieux, nous explique l'histoire de Tihosuco et nous présente la coopérative. Celle-ci propose de faire découvrir la culture maya aux touristes (histoire, traditions...) et ensuite, elle réinvestie les bénéfices récoltés pour sensibiliser la communauté à la protection de la planète, et principalement les enfants avec le groupe « Hormigas Verde ».


Nous sommes ravies, « U Belilek » répond parfaitement aux critères de l'écotourisme :

- social : en aidant et sensibilisant gratuitement la communauté maya de Tihosuco

- économique : les fonds récoltés sont réinvestis pour la communauté

- environnemental : en apprenant à faire attention à leurs gestes (recyclage, utilisation de l'eau, plantation...)


Pour en savoir plus, nous vous proposons de découvrir son interview que nous avons retranscrite, ainsi que quelques images de la communauté maya qui célébrait la fête Del Niño Dios.



Interview de David Chan, collaborateur de la coopérative U Belilek,

à Tihosuco dans le Quintana Roo, au Mexique :



Je m'appelle David Chan, de la communauté de Tihosuco, et je collabore dans la coopérative « U Belilek » qui signifie « le chemin pour chercher notre existence », depuis 3 ans. Nous organisons des tours dans la communauté et aussi, nous aidons à la conservation de l'environnement dans les communautés avec un groupe d’enfants qui s'appelle « Hormigas Verde » : « les fourmis vertes ».


J’ai commencé à avoir une pensée écologique et environnementale en stage, quand j’ai commencé à travailler. Je me suis rendu compte que produire de l’argent était une chose mais l’agriculture, planter, semer... en est une autre.

On nous apprend très jeune comment faire de l’argent et à quel point il est capital d’en avoir, mais l’argent ne se mange pas… Si ?

Quand on a de l’argent, on ne se rend pas compte. En revanche, quand on en a plus, on serait bien content d’avoir l’agriculture car c’est elle qui va nous permettre de manger.


C’est grâce à ma sœur que tout a vraiment commencé dans ma tête. C’est elle qui, en premier, a travaillé autour de ce sujet dans la communauté. C’est elle qui a fait grandir cette envie et cette croyance autour de la protection de l’environnement.


Au Yucatán, nous avons vu les choses changer. Avant, il y avait des arbres. Aujourd’hui, à Tulum ou à Cancun, il n’y en a plus : il y a du bitume partout. Je ne veux pas que ce village se transforme comme ces villes l’ont faites.


L’arrivée du tourisme, ici, au Yucatán et au Quintana Roo, n’a pas aidé. Tout le monde veut sa part du gâteau et oublie les choses importantes de la vie : « l’appel de l’argent est plus fort que tout - on nous la même enseigné à l’école, c’est encré en nous » ndlr.

C’est ainsi que, même les petites structures touristiques ont commencé à grossir et à ne plus se soucier du reste. Elles ont commencé à détruire l’environnement et les communautés (comme à Tulum, par exemple).


Pour se protéger du tourisme de masse, je pense que l’idée est de créer la conscience chez les enfants et les jeunes autour de l’environnement : déconstruire cette idée de richesse tenace et leur donner envie de gagner de l’argent autrement, tout en conservant ce que nous avons. Il faut préserver ce que nous avons et élever les consciences des enfants. Ils sont l’avenir.


En 2018, nous avons repris le groupe « Hormigas Verde » et nous avons commencé des activités autour de la protection de l’environnement : prendre soin de l’eau, faire le tri, réaliser l’impact du tourisme dans les cenotes de la péninsule du Yucatán, l’impact du tourisme sur toute la Riviera Maya (la côte des caraïbes du Mexique). Nous parlons aussi du réchauffement de la planète et cette année nous avons abordé le sujet de l’alimentaire : l’autoconsommation (consommer ce que tu produis toi-même), les semailles (semer ce que nous consommons et comprendre que les graines viennent de ce que nous consommons). Nous gardons tout pour montrer aux enfants que nous pouvons nous-même produire, donner la vie...

Par exemple, notre activité la plus récente a été la confection d’une piñata de noël : les enfants ont récolté des déchets dans la rue et, grâce à cela, nous avons réutilisé ce qui aujourd’hui jonche le sol pour en faire quelque chose de « beau ». Nous avons donner vie à ce que les gens jettent dans la rue.

Pareil pour les bouteilles en plastique, nous les gardons pour faire des plantations ou des boutures. Cela donne conscience aux enfants que tout peut être réutilisé !


Mais comment sensibiliser les gens ? Nous avons exploré deux théories.

En fait, nous avons subi l’une des deux. Il y a quelques années, une expérience a été faite, nous n’étions pas au courant…

Dans une première communauté sont arrivées des personnes qui ont expliqué qu’il fallait nettoyer les rues, prendre soin de son environnement et, pour se faire, ils ont organisé un concours « à tous ceux qui ramasseraient le plus de déchets, un voyage serait à gagner ». Tout le monde a participé à nettoyer la ville de font en comble.

Dans une seconde communauté, ces mêmes personnes sont arrivées et ont dit que les habitants étaient sales, que c’était la pire ville qu’ils avaient vu et que c’était très grave de ne pas respecter son environnement. Ils ont même installé des affiches « pire ville du Yucatán », « n’entrez pas, cette ville est sale »…

Après 4 mois, les investigateurs sont revenus pour voir ce que l’expérience avait donné.

Dans la première communauté, tout était beaucoup plus propre les gens faisaient attention, récoltaient leurs déchets, les rues étaient propres. Dans la seconde, rien n’avait vraiment changé.

Un an plus tard, ils sont revenus dans la première communauté : tout était revenu comme avant, les rues étaient sales, personne ne collectait plus rien. En revanche, dans la seconde communauté, les habitants avaient détaché les affiches et toutes les rues étaient propres.

Ce qu’il faut retenir c’est qu’il ne faut pas donner de récompense, mais plutôt sensibiliser depuis le début et laisser les gens agir de leurs propres moyens.


C’est pour ça qu’il est important de sensibiliser les jeunes à ce qu’est la planète et comment il est possible d’agir, de la protéger et ce qu’il ne faut pas faire en montrant les résultats.


« Motiver les jeunes et leur faire prendre conscience est la clé de tout. »


Le gouvernement n’aide pas, cela ne l'intéresse pas : il veut continuer à faire venir le tourisme de masse et l’argent qui en dépend. Peu importe l’environnement, il ne voit que l’aspect financier : c’est donc à nous d’élever les mentalités, les consciences !


David Chan et les enfants de la communauté, U Belilek






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